« Et soudain, comme un spectre entre en une maison, Apparut, par-dessus le farouche horizon, Une flamme emplissant des millions de lieues, Monstrueuse lueur des immensités bleues, Splendide au fond du ciel brusquement éclairci ; Et l'astre effrayant dit aux hommes : “Me voici !” »
Victor Hugo, « La Comète » (04/09/1874). La Légende des siècles (2ème. Série), livre XLVI.
Mystérieuses comètes
Avant que les astronomes n’élucident le secret des comètes l’apparition de ces astres éphémères était interprétée comme un signe le plus souvent maléfique ou néfaste.
Au Moyen Age la peste fit des ravages peu après l'apparition d'une comète. En 1456, suite à une apparition, le pape Calix III ordonna de faire sonner tous les jours, toutes les cloches des églises à 12H00 pour conjurer le sort. C'est de là que vient la tradition de l’angélus.
Toujours au Moyen Age les comètes sont le présage de mauvaises nouvelles :
- La comète de 814 augure de la mort de Charlemagne, celle de 837 (Comète de Halley) annonce la mort de Louis le Débonnaire 3 ans plus tard.
- Après le passage de la comète de 1811 qui fut visible pendant 17 mois, Napoléon pénétra en Russie avec son armée et fut vaincu ; cette défaite fut longtemps assimilée au passage de la comète.
Dans le registre des peurs, l’annonce en 1868 de la détection d’un poison comme le cyanogène, gaz incolore toxique provoquant un arrêt respiratoire, dans la queue des comètes fit naître un véritable vent de panique quand on apprit que la Terre devait traverser la queue de la Comète de Halley attendue pour 1910.
L’une des plus récentes illustrations du pouvoir de fascination qu’exercent les comètes remonte au passage de la Comète Hale-Bopp en 1997. Trente neuf membres d’une secte américaine se donnèrent la mort le 26 Mars 1997 pour que leurs âmes puissent rejoindre un vaisseau spatial caché dans son sillage.
La nature des comètes
Depuis l’antiquité les hommes se sont interrogés sur la nature des comètes. Les grands noms de de la science et de l’astronomie ont tenté de percer leurs secrets : Aristote (384 – 322 AV J-C), puis Tycho-Brahé (1546-1601), Galilée (1564-1642) Kepler (1571-1630) et surtout Halley (1656-1742). (Voir plus loin – Hommage à Halley).
Depuis plus de deux siècles nous savons que les comètes sont, comme les planètes, des objets soumis au champ de gravitation solaire. Elles se déplacent sur des orbites très excentriques qui les emmènent, dans certains cas, à de très grandes distances héliocentriques (du Soleil), au-delà de l'orbite des planètes géantes les plus lointaines. Notre connaissance de la nature physique des comètes est plus récente. C'est vers 1950 que l'américain Fred Whipple a émis l'hypothèse qu'il s'agissait de petits corps d'un diamètre de l'ordre de quelques kilomètres, constitués essentiellement de glace d'eau et de roches. Les observations récentes ont confirmé cette hypothèse.
Loin du Soleil les comètes ne sont constituées que de leur noyau, ce qui les rend encore inaccessibles à l'observation, compte-tenu de la petite taille et du faible éclat de celui-ci. Lorsque la comète se rapproche du Soleil la température de la surface du noyau s'élève et les glaces se subliment (passent de l’état de glace à celui de vapeur), entraînant l'éjection de gaz et de poussières. Ces poussières, diffusant la lumière solaire, émettent un rayonnement observable depuis la Terre. On voit apparaître une "chevelure", encore désignée par son nom latin "coma", qui s'étend au fur et à mesure que la comète se rapproche du Soleil. Si la comète est suffisamment "active", c'est-à-dire si l'éjection de gaz et de poussières est suffisante, on voit se dessiner deux queues, l'une large et incurvée, l'autre étroite et rectiligne. La première est due à des poussières qui diffusent la lumière solaire; la seconde est due à des gaz ionisés dont la fluorescence est excitée par le rayonnement solaire.
La queue de poussière, pouvant se déployer sur plusieurs millions de Km ne la suit pas toujours; en fait, elle est toujours opposée au soleil. Elle suit la comète à l'approche du soleil et la précède lorsqu'elle s'en éloigne. Les particules laissées à l'arrière par la comète deviennent alors un "fleuve" de poussières dans l'espace, s'étirant le long de la trajectoire (orbite) de la comète autour du soleil. Une comète a une orbite chaotique, épisodiquement perturbée par le mouvement des planètes du système solaire.
Quand la Terre travers l’un de ces « fleuves « de poussières on assiste à une pluie d’étoiles filantes.
D’où viennent les comètes ?
Les comètes appartiennent au système solaire. Elles sont «stockées » dans le « nuage de OORT » à 100.000 U.A du Soleil, ou dans la « ceinture de KUIPER », au-delà de l’orbite de Neptune.
De temps en temps l’une de ces « boules de neige sale » quitte son orbite et vient frôler le Soleil en libérant les gaz et matériaux qui s’évaporent avec l’augmentation de la température.
Périodicité des comètes
L'édition 1996 (depuis cette date le catalogue n’est plus disponible pour le grand public) du Catalogue des Orbites Cométaires recensait 883 comètes.
185 ont des orbites elliptiques dont la période orbitale (le temps qu'elles mettent pour faire le tour du Soleil) est inférieure à 200 ans.
D’après d’autres sources (G. Villemin) en 2005 on dénombrait 2221 comètes dont 341 elliptiques et 1373 paraboliques. En 2020 il y aurait 402 comètes de courte période.
Au 13 février 2026, le Centre des planètes mineures (MPC) répertorie 4 630 comètes, dont 507 sont numérotées.
- 21% ont des orbites elliptiques dont la période orbitale est inférieure à 200 ans : elles sont appelées comètes à courte période.
- 24% ont des orbites elliptiques avec des périodes orbitales supérieures à 200 ans : ce sont les comètes à longue période.
- 39% ont des orbites paraboliques, ce qui signifie en fait qu'elles ont une orbite allongée.
- Et 16% sont hyperboliques, ce qui veut dire qu'elles vont quitter notre Système solaire.
Les plus célèbres:
- Halley: 76 ans.
- 110P/Hartley 3: 6,86 ans.
- 11 P/Temple Swift Linear: 6,3 ans.
- 15P/Finlay: 6,51 ans.
- C/1995 O1 Hale Bopp : 2500 ans.
Dénomination des comètes
Depuis 1995, l'Union Astronomique Internationale désigne les comètes de la façon suivante.
D'abord, un préfixe :
- C/ pour les comètes de période supérieure à 200 ans.
- Ensuite, une désignation séquentielle suivant l'ordre des découvertes: l'année, puis une lettre majuscule identifiant le demi-mois de la découverte, puis un nombre indiquant l'ordre de la découverte dans ce demi-mois. Enfin, le nom du (ou de deux au plus) découvreur est optionnellement ajouté pour respecter la tradition.
Exemple : La comète C/2012 S1 ISON a une période supérieure à 200 ans (C). Elle a été découverte en 2012 dans la deuxième quinzaine du mois de septembre (S). C’était la première découverte de la quinzaine (1). Elle a été observée à l’aide d’un télescope de 40 cm de l’International Optical Network (ISON) en Russie.
P/ pour les comètes à courte période (moins de 200 ans) précédé du rang de la découverte et suivi du nom du ou des découvreurs: 12P / PONS-BROOKS
Plus rarement, X/ pour les comètes pour lesquelles une orbite n'a pu être déterminée, D/ pour les comètes disparues et I/ pour les comètes extrasolaires.
Extrait de la soirée de d'astronomie du 20 février 2026
Par Emile BIDOUX / CENTRE DE DECOUVERTE DES SCIENCES ASTRONOMIQUES